Wedding Nightmare : Deuxième partie – Encore une partie de cache-cache en enfer

CRITIQUE DE FILM – Les survivantes des films d’horreur n’ont jamais droit au repos. Quand l’une d’elles parvient à sortir d’un bain de sang avec assez de culot, d’instinct et d’allure pour atteindre le générique de fin, Hollywood n’y voit pas une récompense, mais l’occasion parfaite de la renvoyer dans un nouveau broyeur. C’est exactement ce qui arrive à Grace. Elle avait survécu à la nuit de noces infernale de Wedding Nightmare, mais ici elle n’a même pas le temps de reprendre son souffle avant d’être précipitée dans un autre jeu mortel. Wedding Nightmare : Deuxième partie veut faire plus bruyant, plus sanglant et plus ample que le premier volet, au risque de révéler qu’une idée qui paraissait fraîche et délicieusement venimeuse la première fois ne frappe plus avec la même violence quand on la ressert.

 

L’une des grandes forces du premier Wedding Nightmare, c’était justement de ne jamais chercher à se faire passer pour autre chose que ce qu’il était: une partie de cache-cache atrocement sanglante, relevée d’un vernis de folklore démoniaque et de névrose familiale. Si le film est resté en tête, c’est surtout grâce à Samara Weaving, qui faisait de Grace bien plus qu’une simple « final girl ». Avec ses hurlements poussés jusqu’à l’hystérie, son instinct de survie furieux et la galerie de parents grotesques qui s’agitaient autour d’elle, elle donnait au film cette cruauté jubilatoire qui le faisait non seulement fonctionner, mais durer en mémoire.

 

 

Le deuxième tour veut en faire toujours plus

 

Les réalisateurs Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett, épaulés à nouveau par Guy Busick et R. Christopher Murphy au scénario, reviennent avec une logique simple: élargir tous les curseurs. Cette fois, Grace ne court plus seule pour sauver sa peau. À ses côtés se trouve sa sœur Faith, tout aussi têtue, tout aussi blonde, et interprétée par Kathryn Newton avec une frontalité qui colle parfaitement à ce personnage. Le film ajoute aussi une nouvelle couche de mythologie en expliquant que les Le Domas n’étaient qu’un des six clans satanistes richissimes dispersés dans le monde – et même pas le plus important.

Ce privilège revient à la famille Danforth, à la tête d’un empire de casinos, dont le patriarche est incarné par David Cronenberg dans un caméo bref mais savoureux. Son influence serait telle qu’un simple appel lui permettrait d’arrêter une guerre. Dans un monde où l’on en est presque arrivé à croire qu’un milliardaire mégalomane peut déclencher un chaos mondial d’un claquement de doigts, la partie la moins invraisemblable du film est peut-être précisément qu’un autre du même acabit pourrait l’annuler avec la même désinvolture. Après l’extermination de la lignée Le Domas, les familles survivantes se réunissent sur le domaine des Danforth, dans le Connecticut, pour se disputer la place laissée vacante auprès de M. Le Bail – autrement dit, dans le premier cercle de Satan. L’enjeu est limpide: la première famille à tuer Grace décroche le trône.

 

 

Les meilleures idées perdent forcément de leur impact à la seconde salve

 

L’effet de surprise s’est largement dissipé, même si le film s’offre encore quelques bonnes répliques, notamment lorsque Grace explique à Faith qu’on ne s’habitue jamais vraiment à voir quelqu’un exploser sous ses yeux. Cela ne détruit pas totalement le charme du film, mais cela l’use un peu. Wedding Nightmare : Deuxième partie n’a toujours pas grand-chose de neuf à dire sur la lutte des classes, sinon que les 0,00000001 % qui siègent tout en haut de la pyramide restent une engeance parfaitement répugnante. Il y a malgré tout un vrai plaisir à les regarder manier leurs armes comme des incapables, geindre sur leurs petits désagréments hors-sol, puis sortir du film dans des morts soigneusement composées et joyeusement sordides.

Samara Weaving demeure le cœur sauvage et magnétique de l’ensemble, même si le scénario lui laisse moins souvent l’occasion de tout faire exploser. Ce qui, dans le premier film, ressemblait à une révélation – les baskets, la robe de mariée trempée de sang, cette manière d’être à la fois terrifiée et rageuse – relève ici presque du rituel iconique. Dès qu’elle apparaît, la salle comprend ce qu’elle vient chercher. Lors de la projection de première au SXSW, son entrée a d’ailleurs été accueillie par de véritables cris de joie.

Les nouveaux venus apportent eux aussi quelque chose. Sarah Michelle Gellar et Shawn Hatosy campent les jumeaux Danforth, Ursula et Titus, avec une énergie fraternelle délicieusement corrosive. Maia Jae, dans le rôle de Francesca – la fiancée abandonnée par le défunt mari de Grace -, ajoute une petite couche de vengeance intime qui nourrit utilement l’intrigue. Quant au salon où les parents éloignés et les enfants observent le jeu, d’abord en s’insultant copieusement puis en s’effondrant à l’idée que leur lignée puisse réellement disparaître, il offre l’un des meilleurs ressorts comiques du film.

 

 

Trop de règles, des enjeux artificiellement gonflés

 

Le problème, c’est que les nouveaux plaisirs du film s’accompagnent de nouveaux défauts. Le premier tient à cette mythologie hypertrophiée. L’univers devient si chargé en règles, en hiérarchies et en détails occultes qu’il faut faire entrer un personnage dont la fonction principale consiste à réexpliquer sans cesse le mode d’emploi. Elijah Wood, aperçu récemment dans Yellowjackets et I Love LA, est un choix de casting impeccable dans le rôle de l’avocat de M. Le Bail, mais son personnage existe à peine comme être humain. C’est surtout une brochure explicative sur pattes.

L’autre faiblesse vient de cette obsession à vouloir relever les enjeux dans une histoire dont la prémisse de départ était déjà largement suffisante. Kathryn Newton n’y est pour rien, mais Faith finit par ressembler davantage à un outil dramatique qu’à un personnage pleinement construit: elle permet de charger Grace d’une culpabilité supplémentaire, de réactiver une relation fraternelle abîmée et de préparer les grands gestes sacrificiels attendus. Pire encore, à force de vouloir placer face à Grace un adversaire encore plus sombre, plus abject et plus imposant, le film s’aventure, par moments, un peu trop près de la violence intrafamiliale. Cette tonalité, légèrement plus réaliste que le reste, jure avec l’ambiance jusque-là très outrée, presque cartoonesque, du film.

Au final, Wedding Nightmare : Deuxième partie reste du bon côté de la balance, parce qu’il conserve assez de cette folie nerveuse qui faisait le prix du premier opus. On rit, on grimace, on se crispe, on recule, puis on recommence à sourire. Mais si les auteurs envisagent vraiment d’essorer ce petit monde jusqu’à un troisième tour, ils feraient peut-être bien de méditer une leçon que nombre de clients du casino Danforth comprennent trop tard: il est parfois plus malin de quitter la table tant qu’on est encore en position de gagner.

-Gergely Herpai « BadSector »-

 

Wedding Nightmare : Deuxième partie

Direction - 6.8
Acteurs - 6.2
Histoire - 6.6
Visuels/Musique/Sons - 6.2
Ambiance - 6.4

6.4

CORRECT

Wedding Nightmare : Deuxième partie sait encore mélanger le sang, l'humour noir et les satanistes ultrariches dans une formule qui reste plaisante, mais l'effet de nouveauté s'est franchement émoussé. Samara Weaving porte sans difficulté cette suite sur ses épaules, sauf que la mythologie inutilement dilatée et les enjeux artificiellement surélevés font plus souvent transpirer le film qu'ils ne le rendent mordant. Cela reste un divertissement solide, simplement moins cruel, moins tendu et nettement moins marquant que le premier tour.

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BadSector is a seasoned journalist for more than twenty years. He communicates in English, Hungarian and French. He worked for several gaming magazines – including the Hungarian GameStar, where he worked 8 years as editor. (For our office address, email and phone number check out our impressum)

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