Starfinder: Afterlight – Bien plus qu’un Dungeons & Dragons dans l’espace

APERÇU – Au premier regard, beaucoup réduiront sans doute Starfinder: Afterlight à une sorte de Dungeons & Dragons transplanté dans un décor de science-fiction, mais le RPG d’Epictellers Entertainment vise clairement quelque chose de plus ambitieux. Avec une simple bêta de courte durée, le studio barcelonais montre déjà qu’une adaptation vidéoludique de Starfinder 2E peut offrir une vraie densité: des combats tactiques, des compagnons marquants, des choix qui comptent et un univers spatial qui attrape le joueur bien plus vite qu’on pourrait le croire.

 

Il est difficile de résister à une bonne aventure galactique. Endosser le rôle d’un voyageur stellaire, rencontrer des espèces extraterrestres, découvrir des technologies étranges et se retrouver mêlé aux affaires de civilisations futuristes bien plus vastes que soi, c’est exactement le genre de promesse auquel les amateurs de science-fiction répondent immédiatement. C’est ce que cherche à capter Epictellers Entertainment avec Starfinder: Afterlight, un RPG tactique nourri d’épopée spatiale, de compagnons charismatiques, de narration ramifiée, de factions, de mystères et d’enjeux qui dépassent rapidement l’histoire d’un simple individu. À ce titre, le jeu pourrait aussi devenir la première véritable porte d’entrée vidéoludique vers l’univers de Starfinder pour tous ceux qui ne connaissaient jusqu’ici la licence de Paizo que de loin.

Fondé à Barcelone en 2023, le studio s’est associé à Paizo afin de donner enfin naissance au premier jeu vidéo installé dans cet univers. Le projet doit passer par une phase d’early access en 2026, puis évoluer au contact des retours de la communauté, mais les développeurs ont déjà préparé une bêta permettant à mille joueurs d’en essayer un premier aperçu. Cette version de 30 à 45 minutes n’a évidemment pas vocation à représenter l’ensemble du jeu, mais elle dépasse déjà largement le simple prototype sans âme. Pour quiconque apprécie les jeux de rôle sur table, en particulier les systèmes les plus tactiques et les plus riches mécaniquement, il est déjà possible d’y percevoir une direction très claire.

La bêta commence d’ailleurs par l’un des choix les plus importants d’un RPG: la sélection du personnage. Il n’est pas encore possible de créer son propre héros, puisque l’éditeur complet n’arrivera qu’avec l’early access, mais trois profils distincts sont déjà proposés. On trouve un Humain Soldat axé sur l’endurance, un Vesk Émissaire dont la nature reptilienne s’accompagne d’un Charisme et d’une Force élevés, ainsi qu’un Shirren Opératif spécialisé dans la Dextérité. Même ce choix restreint suffit à montrer qu’Epictellers Entertainment prend au sérieux les racines TTRPG de la licence: ici, les statistiques, les espèces et les classes ne sont pas des ornements, mais les fondations mêmes de l’expérience.

 

Une vraie épopée spatiale avec des espèces alien et un groupe crédible

 

Et l’aventure ne se vit pas en solitaire. La bêta nous adjoint deux compagnons: un Shirren Mystique capable de lancer des sorts et de soigner, ainsi qu’un Humain Solarien, classe particulièrement fascinante dans l’univers de Starfinder puisqu’elle manipule photons et gravitons pour générer des armes et des armures de lumière ou d’obscurité. Ce n’est pourtant qu’un avant-goût. Les développeurs annoncent six compagnons dans la version finale, allant d’androïdes tueurs à des prophètes mystiques, chacun doté de sa propre histoire, de dilemmes moraux et d’une dynamique relationnelle façonnée par les victoires, les pertes et les choix du joueur.

Cela compte énormément, car le studio semble avoir parfaitement compris ce qui fait la force de Starfinder. Il ne suffit pas de transposer un système de règles complexe dans un jeu vidéo. Il faut aussi retrouver cette ampleur de space opera, cette sensation qu’un problème intime ou local peut progressivement se transformer en conflit aux conséquences planétaires, voire galactiques. La bêta ne fait qu’effleurer la trame principale, mais son introduction suit déjà cette mécanique narrative très efficace: le héros se retrouve plongé dans un mystère, tente de comprendre ce qui lui est arrivé, puis se voit aspiré dans quelque chose de bien plus vaste, susceptible d’influer sur le destin des Pact Worlds.

Et l’univers lui-même semble parfaitement taillé pour accueillir ce genre de récit. On y croise des créatures insectoïdes échappées à une conscience collective malveillante, des reptiliens vivant sous des trêves fragiles, des peuples attachés à leurs traditions, dotés de plusieurs bras ou d’une physiologie atypique, ainsi que d’autres groupes humanoïdes portant chacun leur propre histoire, leurs ambitions et leurs coutumes. Le tout s’inscrit dans une galaxie variée, riche en conflits stellaires, en alliances inattendues, en percées technologiques et en cultes voués à des dieux anciens comme nouveaux. À ce stade déjà, tout cela paraît bien plus riche que ne le laisserait croire la simple formule « D&D dans l’espace ».

 

Le système des trois actions trouve enfin un terrain de jeu sci-fi

 

Du côté du gameplay, la grande question était de savoir comment Epictellers Entertainment allait adapter le ruleset de Starfinder 2E à un RPG tactique vidéoludique. Le studio s’appuie directement sur la deuxième édition publiée en 2025, ce qui situe immédiatement le jeu dans une filiation bien précise au sein du CRPG. Pour un joueur qui ne fréquente pas les jeux de rôle sur table, le parallèle le plus évident restera sans doute Pathfinder: Kingmaker ou Pathfinder: Wrath of the Righteous, mais les deux systèmes ne sont pas identiques. Le simple passage d’un cadre médiéval-fantastique à un décor de science-fiction modifie déjà sensiblement la dynamique, tandis que Starfinder 2E apporte en plus des mécaniques légèrement simplifiées, des raccourcis dans la création de personnage et divers ajustements pensés pour l’équilibrage.

Le cœur des combats repose sur le fameux système des trois actions. Concrètement, chaque allié et chaque ennemi dispose de trois actions par tour, sauf modificateur particulier. Certaines compétences n’en consomment qu’une, d’autres en exigent deux ou davantage, parfois avec une préparation préalable, ce qui oblige à bien comprendre ce que chaque personnage a réellement à sa disposition et à articuler efficacement l’ensemble des possibilités du groupe. Le principe est lisible, mais il ouvre une vraie profondeur tactique, car chaque tour devient un arbitrage entre déplacement, attaque, compétence, positionnement et prise de risque.

Les jets de dés classiques sont évidemment de la partie. Ils ne déterminent pas seulement les dégâts ou la réussite d’une attaque, mais interviennent aussi dans les tests de caractéristiques liés à la persuasion, au piratage ou à l’infiltration. C’est là l’un des héritages les plus authentiquement tabletop du projet, et cela suffit à injecter une tension immédiate dans tous les moments où l’on ignore encore si le groupe sera capable de franchir l’obstacle. Mais le hasard n’est jamais seul aux commandes. Les statistiques, les modificateurs et les synergies de l’équipe influencent fortement les résultats. La bêta ne propose pas encore d’affrontements particulièrement féroces, mais elle laisse déjà entendre que des attributs mal répartis seront sévèrement punis, ce qui laisse imaginer une version finale beaucoup plus exigeante sur le plan tactique.

 

Des choix qui comptent et un avenir franchement prometteur

 

Dans l’ensemble, cette bêta fait exactement ce qu’une première version doit faire. Elle présente rapidement les systèmes RPG, offre un premier aperçu de l’univers de Paizo et installe un mystère suffisamment accrocheur pour donner envie d’aller plus loin. Le combat manque encore d’un peu de souplesse, surtout dans les déplacements et la sélection des cibles, mais ces aspérités ressemblent davantage à des problèmes de finition qu’à des défauts structurels.

Le plus encourageant, c’est que Starfinder: Afterlight suggère déjà une narration ramifiée où les décisions du joueur ont un véritable poids. Même dans ce court extrait, les dialogues permettent de dessiner un protagoniste droit et héroïque, ou au contraire un opportuniste sans scrupules, et le jeu laisse déjà comprendre que les compagnons ne sont pas de simples accessoires de combat. Ils observent, jugent et participent à la coloration morale de l’aventure. Dans sa version complète, le titre viserait une campagne de 40 à 60 heures, sans compter le contenu produit grâce au support des mods et aux outils communautaires, avec des choix liés au risque, à la vengeance, à la clémence, des factions qui se souviendront de nos actes et des alliés capables de réagir à notre comportement. Si l’ensemble tient ses promesses, on pourrait se retrouver face à une histoire véritablement divergente, avec plusieurs issues crédibles selon les décisions du joueur.

Il faut aussi le dire clairement: Starfinder: Afterlight ne cherche pas à devenir un Baldur’s Gate 3 spatial. Epictellers Entertainment ne vise pas le blockbuster AAA hyper-cinématographique, et ce n’est pas nécessairement un problème. L’ambition paraît au contraire plus saine et plus pertinente: réussir l’adaptation du système de combat dense de Starfinder 2E tout en restituant la puissance d’évocation et la richesse narrative de cet univers. Même le casting vocal va dans ce sens. Neil Newbon, connu pour Astarion dans Baldur’s Gate 3, participe en tant que compagnon et directeur de doublage, tandis que Roger Clark, la voix d’Arthur Morgan, intervient comme narrateur.

Ce premier contact laisse donc apparaître quelques zones à polir, mais Epictellers Entertainment a posé des bases étonnamment solides. Et si le RPG parvient réellement à séduire les amateurs de science-fiction comme les passionnés de TTRPG, il pourrait aussi pousser Paizo à ouvrir davantage la porte à d’autres adaptations vidéoludiques de ses licences. Rien que pour cela, Starfinder: Afterlight mérite déjà qu’on le surveille de près. Pour l’instant, ce n’est pas seulement une curiosité prometteuse – c’est le début possible de quelque chose qui a une vraie force d’attraction.

Source: 3DJuegos

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BadSector is a seasoned journalist for more than twenty years. He communicates in English, Hungarian and French. He worked for several gaming magazines - including the Hungarian GameStar, where he worked 8 years as editor. (For our office address, email and phone number check out our impressum)