CRITIQUE DE FILM – War Machine ne cherche jamais à se faire passer pour un film plus intelligent qu’il ne l’est : c’est un pur défouloir de science-fiction militaire, nourri au plasma, au métal et aux biceps. Patrick Hughes ressuscite ici, avec les outils numériques d’aujourd’hui, l’esprit des gros films d’action de vidéoclub, quelque part entre le série B musclée et le délire de garnison. Ce n’est ni subtil, ni particulièrement brillant, ni très solide sur le plan du récit, mais le film compense largement ses carences par une énergie brutale et un goût très assumé du spectacle. Nous avons regardé War Machine sur Netflix en Hongrie.
Des recrues engagées dans l’ultime exercice de terrain du programme Ranger de l’armée américaine pensent simplement affronter leur dernière épreuve de formation, avant de tomber sur l’avant-garde d’une invasion extraterrestre. Netflix avait déjà un War Machine dans son catalogue, à savoir la satire réalisée par David Michôd en 2017, qui se moquait de l’absurdité de la guerre. Ce nouvel homonyme, lui, ne se contente pas d’évoquer cette folie militaire : il la devient lui-même, souvent pour le meilleur, parfois sans l’avoir vraiment calculé. Alan Ritchson y incarne un certain 81, futur Ranger réduit à un matricule, un colosse qui s’engage dans l’infanterie d’élite pour honorer la mémoire de son frère disparu, tandis que Jai Courtney, expédié dès le prologue, n’a même pas le temps de véritablement exister à l’écran. Une fois incorporé, 81 encaisse toutes les humiliations et toutes les épreuves que l’armée peut lui infliger, uniquement pour graver dans l’esprit du spectateur qu’il s’agit ici d’un dur à cuire taillé comme un bélier d’assaut.
Du camp d’entraînement au traquenard extraterrestre
Mal luné, solitaire, et manifestement rongé par un stress post-traumatique qui ne l’a jamais quitté, 81 est de ces types qui montent les côtes au sprint pendant que les autres peinent encore à suivre, qui écrasent leurs rivaux à mains nues, puis manquent de se noyer au fond d’une piscine juste pour démontrer que respirer serait presque une faiblesse. Tout cela est filmé avec la délicatesse d’un coup de baïonnette dans l’entrejambe, et si le message n’était pas encore assez clair, son avant-bras arbore en énormes lettres le sigle DFQ, autrement dit : Ne lâche pas, putain ! Le premier acte aligne pour l’essentiel les passages obligés du film de camp d’entraînement, tout en glissant, par fragments, des journaux télévisés évoquant un mystérieux rocher spatial qui doit bientôt frôler l’orbite terrestre – si l’on veut absolument filer la comparaison, disons que c’est l’astéroïde de Tchekhov. Ce détail d’apparence secondaire prend soudain une tout autre importance lorsque les recrues envoyées pour leur ultime test tombent sur une machine de mort extraterrestre bipède qui semble n’avoir qu’un seul objectif : les rayer de la carte.
Pourquoi ce Terminator venu d’ailleurs juge si urgent d’éliminer une poignée de bleus désarmés reste une question à laquelle le film ne s’intéresse pas une seconde, et il a au moins la lucidité de ne pas perdre de temps à feindre une stratégie d’invasion plus élaborée qu’elle ne l’est. Après le premier bain de sang, le mastodonte – qui ressemble à la progéniture illégitime d’ED-209 et de Megatron – se lance pourtant aux trousses des survivants à travers collines, ravins et pentes rocailleuses, transformant la fuite en festival de destruction numérique étonnamment solide.
Sous le patronage évident de Predator
Patrick Hughes, qui cosigne également le scénario avec James Beaufort, est surtout connu pour Expendables 3, Hitman & Bodyguard et Hitman & Bodyguard 2, et il attaque ici ses scènes d’action avec la même énergie frontale, tout en affichant sans complexe son goût pour Predator. On est évidemment très loin de la tension, du découpage et de la maîtrise plastique du classique ultra-testostéroné de John McTiernan, mais ce retour assumé vers un imaginaire très années 1980 fournit malgré tout une dose tout à fait honorable de grand spectacle idiot, à mesure que l’envahisseur increvable taille l’escouade en pièces jusqu’au duel obligatoire entre l’homme et la machine. Côté personnages, il n’y a pas grand-chose à sauver : 81 n’est au fond qu’un Jack Reacher avec un genou en vrac, le reste de l’équipe sert surtout de chair à canon version plasma, et les dialogues ont parfois l’air plus mécaniques encore que l’automate alien lui-même.
Ce que War Machine abandonne en finesse, il le récupère largement en enthousiasme, enchaînant sans traîner des morceaux de bravoure comme un carnage à flanc de montagne, une traversée de rivière à haut risque ou une course-poursuite paniquée en APC, avec assez de nerf pour embarquer le spectateur malgré lui. Et comme Ritchson l’a déjà prouvé à plusieurs reprises dans Reacher, il y a quelque chose de profondément réjouissant à voir un homme composé, à vue d’œil, de quatre-vingts pour cent de biceps pulvériser tout ce qui ose se dresser sur sa route.
Un pur plaisir coupable de vidéoclub
War Machine est donc un film profondément idiot, mais aussi franchement divertissant, qui revendique sans la moindre gêne son affection pour ces vieux films de science-fiction sortis directement en vidéo et autrefois alignés sur les étagères de Blockbuster, sauf qu’ici le budget est plus confortable et la vedette principale tout aussi massive que le concept. Si, un vendredi soir, vous laissez l’algorithme choisir pour vous et que l’idée de voir une masse de muscles à la Jack Reacher hurler La thermodynamique, bordel ! à un robot tueur extraterrestre géant vous semble être exactement le type de bêtise spectaculaire qu’il vous faut, alors War Machine fera parfaitement l’affaire. C’est un pur morceau d’action décérébré, tonitruant, obsédé par les explosions, absurde à presque tous les étages, et nettement plus amusant que ce que son pedigree pouvait laisser craindre.
-Gergely Herpai « BadSector »-
War Machine
Réalisation - 6.6
Acteurs - 6.4
Histoire - 5.2
Visualité/action/musique/sons - 8.2
Ambiance - 6.2
6.5
CORRECT
War Machine n’est pas un bon film au sens noble du terme, mais c’est un gros défouloir SF militaire, braillard et assumé, qui sait très exactement ce qu’il vient vendre. L’intrigue tient sur un coin de table, les personnages sont tracés à la hache, mais le spectacle, le rythme et la présence physique d’Alan Ritchson suffisent à faire tenir l’ensemble sans trop d’efforts. Pour une soirée de fin de semaine placée sous le signe du cerveau sur pause et des grosses déflagrations, le contrat est rempli.





