En 1993, Jensen Huang était « obsédé » par les graphismes – aujourd’hui, son idée est l’une des plus précieuses au monde

ACTUALITÉS TECH – En 1993, Jensen Huang a fondé Nvidia avec deux associés autour d’une table de Denny’s, un restaurant au café à volonté, porté par une idée obsessionnelle : obtenir des graphismes 3D impossibles sur PC. Nvidia est née avec le jeu vidéo en tête, mais l’évolution du secteur et celle de la vision de Huang l’ont conduit à adopter une intuition qui allait changer le destin de l’entreprise : accélérer les graphismes, c’est finir par accélérer presque n’importe quel calcul.

 

Six ans plus tard, l’arrivée de la GeForce 256 a été vendue comme la première « carte graphique », transformant un terme marketing en standard culturel intimement lié au PC gaming. Ce saut technique ne se résumait pas à de la puissance brute : il consistait à décharger le CPU grâce à du matériel dédié aux transformations et à l’éclairage, précisément ce dont les jeux 3D avaient besoin.

En 1999, l’année même où la GeForce 256 a vu le jour, Nvidia a connu son premier « examen public » : l’entreprise est entrée en bourse à 12 dollars l’action, un indice modeste à l’époque de la distance qui la séparait encore du mastodonte actuel. Huang a toutefois compris très tôt que l’avenir n’était pas seulement de vendre des cartes, mais de bâtir une plateforme où les outils et le logiciel vous attachent à l’écosystème.

 

L’évolution naturelle de Nvidia

 

En 2006 est arrivé CUDA, un coup majeur qui a transformé la ligne de GPU en calculatrice universelle. Grâce à cet outil, Nvidia est passée du déplacement de pixels au déplacement de science, d’IA et de simulations, en s’appuyant sur la même idée. Tout l’intérêt de CUDA tient aussi à la manière de raconter : Nvidia n’a pas forcément changé de métier, elle a changé la façon d’expliquer ce que la force brute du chip permettait.

Avec le temps, le PDG de Nvidia a clarifié que l’avenir de l’entreprise se jouait du côté des centres de données, des réseaux et, plus largement, de la puissance de calcul à grande échelle. Il n’a jamais nié que le gaming restait l’activité principale, mais celle-ci est passée d’un plafond à une porte d’entrée. Dans ce contexte, le rachat de Mellanox pour 6,3 milliards d’euros en 2019 a été un signal : une manœuvre pour éviter que l’IA ne s’étouffe à cause du réseau.

Mellanox n’a rien de « glamour gamer », et ne cherche pas à en avoir, mais c’est une colle parfaite pour les data centers : elle garantit une interconnexion rapide afin que des milliers de GPU travaillent comme une seule bête. Ce mouvement a aussi entraîné Nvidia dans le grand feuilleton réglementaire, notamment via une enquête en Chine pour de supposés manquements à des conditions antimonopole.

Un an plus tard, Nvidia a tenté d’acheter Arm pour 36,8 milliards d’euros, l’entreprise qui définit le fonctionnement de votre smartphone sans que vous sachiez forcément qu’elle existe. Après plusieurs années de discussions et d’analyses de marché, l’opération a capoté en 2022 sous la pression des régulateurs. La FTC américaine a même salué l’abandon de l’accord comme une victoire pour la concurrence.

 

La suite pour Jensen Huang

 

Même sans Arm dans son arsenal, Huang entretient l’ambition via des licences, des alliances et des CPU maison afin que son IA ne dépende pas en permanence de la « maison » des autres. L’un de ses atouts médiatiques consiste aussi à transformer chaque keynote en événement, en mêlant technologie et codes du spectacle sportif : veste en cuir, scène lumineuse, millions de spectateurs et un message facile à reprendre sur les réseaux et dans la presse spécialisée.

L’histoire montre que Nvidia gagne lorsque le monde est pressé, car vendre de « l’accélération » fonctionne autant pour les jeux que pour l’IA. Mais le succès attire les ennemis, et lorsque votre matériel devient une infrastructure, régulateurs, concurrents et gouvernements sortent la loupe pour scruter chaque mouvement. Il y a moins d’applaudissements et davantage d’analyses critiques.

Si le Jensen Huang d’aujourd’hui pouvait parler à celui de 1993, il ne croirait sans doute pas à la trajectoire actuelle de son entreprise. Il y a plus de trente ans, il voulait seulement aller plus vite et croyait aux promesses des polygones. Au final, le même « truc » qui a fait grimper les FPS a aussi dopé la puissance de l’IA, ouvrant la voie à un monde où des millions de personnes ne savent plus vivre sans chatbots, services et autres outils propulsés par l’intelligence artificielle.

Source : 3DJuegos

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