Les Sept Cadrans d’Agatha Christie – Une enquête élégante qui n’avance jamais

CRITIQUE DE SÉRIE – Oubliez le cosy crime rassurant : l’adaptation étirée de Les Sept Cadrans par Chris Chibnall avance à pas comptés. L’esprit vif et l’ironie légère du roman de 1929 se sont largement dissipés, remplacés par un Cluedo luxueux mais sans nerf, qui dilapide une distribution pourtant solide. Son principal défaut est aussi le plus simple : l’ennui.

 

Dans le sillage du dernier Knives Out et de l’adaptation très médiatisée du Thursday Murder Club de Richard Osman, cette mini-série en trois épisodes confirme la volonté de Netflix de verrouiller le marché du polar facile à consommer. Les atours de l’époque jazz sont impeccables – costumes somptueux, moustaches impeccables – mais cette succession de meurtres dans de vastes demeures campagnardes manque cruellement de souffle. Le décor vit, le récit non.

Chibnall a réuni une troupe compétente, même si tous ne semblent pas jouer la même série. Helena Bonham Carter et Martin Freeman dominent l’affiche, mais donnent souvent l’impression d’évoluer dans deux registres incompatibles.

Bonham Carter aborde Lady Caterham avec sérieux et retenue, rappelant ses premiers rôles d’« English rose » revisités avec élégance. Freeman, à l’inverse, mise sur un humour sec et ironique en inspecteur Battle, évoquant son Watson de Sherlock en poussant le curseur plus franchement vers la comédie.

 

 

Un personnage qui sauve partiellement l’ensemble

 

La véritable réussite du casting reste Mia McKenna-Bruce en Lady Eileen « Bundle » Brent, la fille de Lady Caterham. Lauréate d’un BAFTA pour How to Have Sex (2023), elle s’intègre sans effort aux codes du polar en costumes. Bundle se lance dans l’enquête lorsque Gerry Wade (Corey Mylchreest), employé du Foreign Office et possible intérêt amoureux, est retrouvé mort dans son lit dans des circonstances suspectes.

À mesure que l’enquête progresse, les corps s’accumulent, mais jamais la tension. Pire encore, certaines performances secondaires trop appuyées rendent l’énigme aisément lisible. Le coupable est censé surprendre, mais devient évident dès la moitié du deuxième épisode. Et si je peux le deviner malgré ma tendance à chercher mes lunettes alors qu’elles sont sur mon nez, je doute d’être un cas isolé.

McKenna-Bruce porte presque la série à bout de bras, par pure obstination. Ce n’est pas la première fois que Chibnall s’appuie sur une actrice principale pour maintenir l’ensemble à flot. Déjà sur Doctor Who, la présence de Jodie Whittaker compensait souvent des intrigues bancales.

Le véritable problème reste toutefois le rythme. Certes, nos capacités d’attention sont mises à rude épreuve, mais il existe une différence nette entre prendre son temps et s’enliser. Les Sept Cadrans d’Agatha Christie peine obstinément à passer la seconde.

 

 

Société secrète et détours inutiles

 

La série introduit également une dimension pseudo-surnaturelle avec l’apparition d’une société secrète, dont les membres encapuchonnés évoquent davantage des candidats de The Traitors en route pour saluer Claudia Winkleman.

Ces figures masquées sont bien présentes dans le roman original, mais Chibnall peine à les intégrer au cœur de l’intrigue criminelle. S’y ajoute un flashback andalou déconcertant, où un homme mystérieux (Iain Glen, vu dans Game of Thrones) trouve une fin peu glorieuse dans une arène. Tout s’explique finalement, mais sans jamais provoquer l’impact espéré.

Un bon polar finit toujours par donner un coup de fouet. Ici, Les Sept Cadrans d’Agatha Christie avance comme un train fatigué, respectant son horaire sans la moindre urgence. En trois heures tièdes, une intrigue autrefois savoureuse se retrouve enfermée dans une adaptation qui semble déjà à bout de souffle. Peut-être sans le vouloir, Chibnall a inventé un nouveau sous-genre : le polar somnolent.

-Gergely Herpai „BadSector”-

 

Les Sept Cadrans d’Agatha Christie

Direction - 5.1
Acteurs - 6.2
Histoire - 5.6
Visuels/Musique/Sons - 6.6
Ambiance - 5.1

5.7

MOYEN

Les Sept Cadrans d’Agatha Christie soigne son apparence et son casting, mais néglige tension et rythme. Mia McKenna-Bruce apporte énergie et conviction, tandis que l’énigme se dévoile trop tôt. Il en résulte un polar élégant, mais profondément assoupi.

User Rating: Be the first one !

Spread the love
Avatar photo
BadSector is a seasoned journalist for more than twenty years. He communicates in English, Hungarian and French. He worked for several gaming magazines – including the Hungarian GameStar, where he worked 8 years as editor. (For our office address, email and phone number check out our impressum)