CRITIQUE SÉRIE – His & Hers fait longtemps l’effet d’un thriller à deux points de vue simplement « correct », puis, dans son dernier épisode, sort une conclusion assez culottée pour te pousser à rembobiner toute l’affaire dans ta tête. C’est une mini-série qui accepte de s’essouffler au milieu, mais qui refuse de boucler ça sagement.
Sa meilleure idée, c’est de te forcer à choisir une version des faits – avant de te rappeler, encore et encore, que chacun a une bonne raison de tricher avec la vérité. Au début, l’information est distribuée avec une certaine précision, mais la série perd de l’élan dans sa partie centrale: parfois, elle enchaîne les scènes sans vraiment resserrer la tension. Ça se regarde sans peine, mais ça n’embarque pas à tous les coups.
Plus qu’un simple « ça passe » – un final qui rebat les cartes
Pour ma part, je pensais d’abord en sortir avec un verdict tiède: c’est honnête, bingeable, et ça fera l’affaire un soir de pluie. Puis arrive le final, et je me suis rendu compte que j’avais beaucoup plus à en dire – sauf que les points les plus importants sont justement ceux qu’on ne peut pas développer sans spoiler. Ce qu’on peut affirmer, en revanche, c’est que la conclusion n’est pas posée au hasard: si tu reviens au premier épisode, tu retrouves assez de petits indices pour te dire « c’était là », même si tu as peu de chances de l’anticiper.
On sent aussi une patte, sans que la série se résume à un nom. William Oldroyd co-pilote la mini-série avec Dee Johnson, et cette obsession du retournement – cette manière de te faire perdre tes repères au pire moment – traverse clairement la saison. Ça m’a rappelé Eileen, qui m’avait laissé dans le même état: partagé entre l’admiration pour l’audace et un vrai malaise devant ce que le récit implique. (Je n’ai pas vu Lady Macbeth, donc je ne m’avance pas.)
Deux récits, deux angles, et personne à aimer sur commande
Anna Andrews (Tessa Thompson) sort d’une année infernale. Après une tragédie familiale, elle s’est séparée de son mari, le détective Jack Harper (Jon Bernthal), et elle s’est éloignée si longtemps de son poste de présentatrice que Lexy (Rebecca Rittenhouse), censée faire l’intérim, a tout l’air d’être devenue la titulaire. Quand une femme est assassinée à Dahlonega, en Géorgie, la ville natale d’Anna, celle-ci replonge dans l’enquête journalistique, pendant que Jack est officiellement sur l’affaire. Les soupçons entre ex deviennent alors presque mécaniques.
Le spectateur comprend vite que le meurtrier n’est probablement ni Anna ni Jack, mais la série ne fait rien pour les rendre immédiatement attachants. Ils sont écrits pour être abrasifs: rancuniers, manipulateurs, et parfois franchement idiots dans leurs choix. Thompson et Bernthal parviennent à rendre cette antipathie intéressante, jusqu’à un certain point, et le bagage d’Anna – notamment son lien avec la victime, Rachel (Jamie Tisdale) – éclaire pas mal de choses. Mais les scripts ont aussi cette manie de souligner au feutre: des répliques trop explicatives, qui disent à haute voix ce que l’image a déjà montré, comme si la série craignait qu’on perde le fil.
La relation Anna-Jack, elle, occupe beaucoup de place sans vraiment gagner en intérêt. Les tentatives maladroites de Jack pour paraître moins suspect m’ont souvent sorti de l’ambiance; ces scènes seraient presque plus à leur place dans une comédie du malaise. Les seconds rôles sont inégaux. Priya (Sunita Mani), l’assistante de Jack, est la présence la plus solide, surtout parce qu’elle est la seule à afficher en continu du professionnalisme et du bon sens. À l’inverse, Chris Bauer en Clyde, mari « magnat de la pizza » de Rachel, décroche la palme du personnage le moins crédible: écriture, interprétation ou cocktail des deux, rien ne sonne humain.
Des sujets lourds, une approche souvent superficielle, et un dernier épisode à haut risque
Au fil de l’enquête, His & Hers effleure une longue liste de thèmes graves: deuil, violences domestiques, infidélité, questions raciales, prise en charge d’un parent atteint de démence, harcèlement scolaire, violences sexuelles, justification de la vengeance, et nature de la vérité. Je ne peux pas entrer dans le détail sans spoiler, mais la série n’approfondit pas vraiment la plupart de ces sujets. Certaines pistes servent de diversion, d’autres sont annoncées comme centrales sans donner lieu à une réflexion à la hauteur.
Dans le dernier épisode, la série révèle enfin ce qu’elle cherchait à raconter – et elle le fait de manière volontairement spectaculaire. Là encore, je repense à Eileen: certaines scènes font lever les yeux au ciel (l’une ressemble littéralement à un gag de reboot de The Naked Gun, joué au premier degré), tandis que d’autres impressionnent par leur culot. Est-ce de la « bonne » télévision au sens confortable, bien huilé? Pas vraiment. Est-ce marquant? Oui, précisément parce que la série accepte de déranger.
Pour la claque finale, oui – mais pas sans réserve
Est-ce que ça vaut le coup rien que pour la surprise? Probablement, mais pas pour tout le monde. Il faut pouvoir encaisser les éléments liés aux violences sexuelles qui mènent au dénouement, et accepter les zones d’ombre – voire les implications un peu tordues – que la fin laisse derrière elle. Ça ne plaira pas à tout le monde, mais difficile de terminer la mini-série en l’oubliant dès le lendemain.
Dernière remarque, plus légère: dans une scène, Jack demande à sa sœur (Marin Ireland) de mettre Sesame Street pour sa fille Meg (Ellie Rose Sawyer). « Ça n’existe plus, Einstein », réplique Zoe. Or, Sesame Street n’a jamais réellement disparu malgré des titres annonçant une possible annulation, et une nouvelle saison a été lancée sur Netflix il y a quelques mois. Simple bourde, ou placement maladroit?
-Gergely Herpai ” BadSector”-
His & Hers
Direction - 7.6
Acteurs - 7.2
Histoire - 7.1
Visuels/Musique/Sons - 7
Ambiance - 7.2
7.2
BON
His & Hers passe une bonne partie de sa durée à rester dans le moyen: écriture trop démonstrative, personnages volontairement difficiles, rythme inégal. Mais son final tente un vrai coup de poker, recontextualise l’ensemble, et laisse une empreinte plus forte que ce que le parcours laissait présager. Ce n’est pas une grande série, pourtant sa dernière ligne droite, elle, ne s’efface pas.






