Une découverte hongroise bouleverse l’histoire évolutive des dinosaures européens

Après vingt-cinq années de recherches continues, le site d’Iharkút livre une avancée scientifique majeure. La découverte récente d’un nouveau crâne ne se contente pas de résoudre un débat ancien sur l’identité d’une espèce : elle transforme en profondeur notre compréhension de l’évolution des dinosaures en Eurasie.

 

Depuis un quart de siècle, le gisement d’Iharkút enrichit considérablement la connaissance des écosystèmes européens du Crétacé supérieur, mais la découverte la plus récente dépasse toutes les précédentes. Grâce à ce nouveau crâne, les chercheurs ont pu démontrer sans équivoque que des dinosaures Ceratopsia – des herbivores à collerette et parfois à cornes – vivaient également en Europe au Crétacé.

Les Ceratopsia, dont fait partie le célèbre Triceratops, étaient jusqu’ici considérés comme extrêmement rares sur le continent européen. À l’inverse, ils étaient largement répandus en Asie et en Amérique du Nord, ce qui laissait penser que l’Europe avait été exclue de leur histoire évolutive. Les nouveaux fossiles d’Iharkút montrent clairement que cette vision était erronée.

Les analyses confirment que Ajkaceratops appartient bien aux Ceratopsia. Cet animal vivait il y a environ 85 millions d’années, à une époque où l’Europe n’était pas un continent continu, mais un archipel d’îles bordant la mer de Téthys. Une étude publiée aujourd’hui dans Nature indique en outre que certains ornithopodes rhabdodontidés, autrefois considérés comme des proches d’Iguanodon et connus uniquement en Europe, étaient en réalité eux aussi des Ceratopsia.

L’étude est dirigée par Susannah Maidment (Natural History Museum, Londres, Royaume-Uni) et Attila Ősi (Université Eötvös Loránd, Budapest, Hongrie). L’équipe internationale qu’ils coordonnent est parvenue à résoudre l’une des énigmes majeures concernant les dinosaures herbivores européens.

Jusqu’à présent, la présence de Ceratopsia en Europe reposait sur quelques fossiles fragmentaires, mal conservés et souvent controversés. La découverte récente de nouveaux spécimens attribués à Ajkaceratops a conduit les chercheurs à réexaminer cette espèce, décrite pour la première fois en 2010 et dont la classification faisait débat.

Grâce à un crâne plus complet, à des images obtenues par tomographie et à des analyses répétées des relations évolutives, l’équipe est parvenue à une conclusion claire. Ajkaceratops était bien un Ceratopsia, et Mochlodon, auparavant décrit comme un rhabdodontidé à partir de fossiles d’Iharkút, appartenait en réalité à la même espèce. Les résultats montrent également que plusieurs dinosaures longtemps classés parmi les rhabdodontidés étaient mal identifiés et relevaient eux aussi des Ceratopsia.

La confirmation de l’existence des Ceratopsia en Europe comble une lacune ancienne dans la compréhension de la dispersion de ces dinosaures à l’échelle de l’hémisphère Nord. Elle incite également à repenser la répartition et le mode de vie des herbivores européens du Mésozoïque.

 

L’importance des collections muséales

 

Les auteurs soulignent enfin que cette étude met en lumière le rôle essentiel des collections muséales. En combinant de nouvelles découvertes avec les techniques d’analyse les plus avancées, il devient possible de réévaluer des spécimens conservés depuis longtemps et d’en extraire de nouvelles informations.

Cette démarche permet de mieux comprendre la biologie et l’évolution de ces animaux, tout en enrichissant notre connaissance globale de l’histoire du vivant.

Source : 3djuegos

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