Metal Gear Solid 2 – Raiden, le pari créatif le plus controversé de Kojima

RETRO – Lors du développement de Metal Gear Solid 2, Hideo Kojima a pris une décision qui a d’abord semblé incompréhensible et qui a immédiatement déclenché une vive polémique. Le remplacement du protagoniste n’était pas un simple caprice, mais un choix créatif pleinement assumé, que Kojima a ensuite expliqué à travers une comparaison avec Sherlock Holmes. Malgré cela, Raiden est devenu l’un des chapitres les plus étranges et les plus clivants de l’histoire de la saga.

 

Peu après le succès mondial du premier Metal Gear Solid, Hideo Kojima s’est lancé dans le développement de sa suite avec une vision radicalement différente de celle que les joueurs allaient finalement découvrir. L’écart entre le concept initial et le jeu terminé était tel que même le titre provisoire ne correspondait pas à la version finale.

À l’origine, le deuxième épisode devait s’intituler Metal Gear Solid III, une référence directe à trois gratte-ciel emblématiques de New York. Ce choix n’avait rien d’anecdotique. Kojima cherchait à instaurer volontairement une forme de confusion, afin d’explorer des questions philosophiques liées à la notion de réalité, à la frontière entre le réel et la fiction, et à notre capacité à identifier la vérité au sein d’un monde virtuel artificiellement construit.

Si les réflexions abstraites de Kojima sont depuis devenues légendaires, la majorité des joueurs se souviennent avant tout de Metal Gear Solid 2 pour un élément beaucoup plus tangible: l’arrivée de Raiden comme personnage jouable principal. Le choc fut immense. Après plusieurs épisodes centrés sur Solid Snake, rares étaient ceux qui s’attendaient à voir la figure emblématique de la série reléguée à l’arrière-plan au profit d’un nouveau venu.

Avec ses cheveux blonds, sa silhouette élancée et son apparence presque irréelle, Raiden était le fruit d’une stratégie créative délibérée. Kojima a reconnu sans détour qu’il souhaitait élargir l’audience de la série aux joueuses, la franchise s’adressant jusque-là majoritairement à un public masculin. Selon ses propres termes, il voulait concevoir un héros « auquel les femmes pourraient plus facilement s’identifier ». L’introduction de personnages comme Fortune et Emma Emmerich s’inscrivait dans la même logique.

L’apparition de Raiden a néanmoins suscité une forte hostilité dès le départ. Il ne correspondait pas à l’image d’un vétéran aguerri et mythique de l’infiltration, ce qui a conduit de nombreux joueurs à le rejeter immédiatement. De ce fait, beaucoup sont passés à côté de sa véritable fonction narrative: offrir un point de vue externe permettant d’observer Solid Snake sous un autre angle.

Kojima a comparé cette approche à la structure des récits de Sherlock Holmes, dans lesquels les exploits du célèbre détective ne sont pas racontés par lui-même, mais à travers le regard admiratif du docteur Watson. Le créateur a été explicite: « Solid Snake reste le personnage principal de Metal Gear Solid 2, mais cette fois, il n’est pas le narrateur principal de l’histoire. »

 

Háromszáz (!) helyen módosították az MGS2-t, hogy ne hasonlítson a valós eseményekre - nyilatkozta nemrég Hideo Kojima.

Kojima sur les traces de Sherlock Holmes

 

Le rôle de Raiden répondait également à un problème de conception plus profond: la dissonance ludonarrative. Selon Kojima, il était difficile de justifier de longues séquences de tutoriel pour un soldat aussi expérimenté que Snake. Il partait aussi du principe que la majorité des joueurs maîtrisaient déjà les mécaniques de base, un dilemme récurrent dans presque toutes les grandes franchises vidéoludiques.

La solution consistait à faire de Raiden un personnage dont l’expérience rendait cette phase d’apprentissage crédible. Dans le scénario, il n’avait combattu jusque-là que dans des simulations de réalité virtuelle, ce qui permettait d’aligner la logique du gameplay avec celle du récit. Le plan initial de Kojima allait toutefois encore plus loin, puisqu’il envisageait de distinguer les nouveaux joueurs des vétérans du premier Metal Gear Solid.

Les joueurs expérimentés auraient commencé par l’épisode du tanker, exactement comme dans la version finale. Les nouveaux venus, en revanche, auraient été plongés directement dans le chapitre de l’usine, que Kojima considérait à l’origine comme le cœur du jeu.

 

Raiden et la résolution de la dissonance ludonarrative

 

Cette conception explique pourquoi l’arc narratif de Raiden s’attarde peu sur les événements du début du jeu. Le scénario part du principe que l’installation a été construite à la suite d’une catastrophe écologique provoquée par le naufrage d’un pétrolier, une explication qui ne correspond pas totalement à l’expérience de ceux ayant joué l’épisode du tanker.

Si cette idée a été conservée dans la version japonaise, elle a finalement été abandonnée dans les éditions occidentales, permettant à tous les joueurs de découvrir les deux segments. À partir de là, Kojima a progressivement redéfini le rôle de Raiden, jusqu’à un final qui remet directement en question la perception de la réalité du joueur.

L’existence même de Raiden est restée secrète pendant toute la durée du développement. En réalité, personne en dehors du studio n’était au courant avant le 13 novembre 2001, date de sortie de Metal Gear Solid 2 aux États-Unis, premier territoire à accueillir le jeu.

Ce jour-là, Konami a organisé un événement à Tokyo pour la presse et le public dans une salle de concert renommée, afin de célébrer l’achèvement du projet et de présenter officiellement Raiden au public japonais. La surprise avait été soigneusement préservée depuis l’E3 2000, ce qui explique pourquoi les premières bandes-annonces remplaçaient systématiquement Raiden par Solid Snake, même dans des scènes impliquant Fortune ou Vamp.

 

Un avenir incertain pour un personnage clivant

 

Des années plus tard, Kojima a reconnu que l’idée originale n’avait pas pleinement produit l’effet escompté. L’accueil du public s’est révélé bien plus négatif qu’il ne l’avait anticipé, et il a admis que l’exécution aurait pu être meilleure. Malgré cela, Raiden a fait son retour dans Metal Gear Solid 4: Guns of the Patriots, dans un rôle profondément différent.

Dans cet épisode, il adopte un design plus exagéré et visuellement marquant, avec une mission claire: venir en aide à son mentor. Cette réinterprétation a été bien mieux accueillie, tant par les joueurs que par Konami.

Peu après, Raiden a obtenu son propre jeu avec Metal Gear Rising: Revengeance, développé en collaboration avec PlatinumGames. Même si ses ventes n’ont pas atteint celles des épisodes principaux numérotés, le titre a rencontré un succès notable et surpassé plusieurs autres productions dérivées.

Depuis, Raiden n’est réapparu que sous forme de caméos, sans jamais retrouver un rôle central. L’attention de Kojima s’est ensuite tournée vers l’histoire de Naked Snake, alias Big Boss, laissant peu de place à un éventuel retour. Au regard de l’état actuel de la franchise, il est difficile de savoir si Raiden reviendra un jour.

Son héritage demeure profondément divisé. De nombreux fans de la première heure ne lui ont jamais pardonné son rôle dans Metal Gear Solid 2, tandis que d’autres espèrent toujours une suite à Revengeance. Peu de personnages d’une série aussi prestigieuse ont laissé une empreinte aussi conflictuelle et durable.

Lecture recommandée: Hideo Kojima – The Creative Gene

 

Des milliers et des milliers d’analyses, d’essais et d’études critiques ont déjà été consacrés à l’œuvre de Hideo Kojima. C’est précisément pour cette raison que cet ouvrage se distingue. Pour une fois, c’est le créateur lui-même qui prend la parole. Le livre explore en profondeur les influences et les inspirations qui ont façonné sa pensée, depuis l’ère Metal Gear jusqu’à la création de Death Stranding, tout en offrant un rare regard intérieur sur son processus créatif.

-theGeek-

Forrás: 3djuegos

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