Task – Une série HBO tendue et profondément centrée sur ses personnages

CRITIQUE DE SÉRIE – Mark Ruffalo et Tom Pelphrey livrent des performances saisissantes dans la peau de deux hommes évoluant chacun d’un côté opposé de la loi. Ce n’est pas seulement un polar : c’est une fresque humaine où le deuil, la survie et la compromission morale s’entrelacent. La série dresse des portraits subtils et nuancés de ses protagonistes tout en maintenant une tension permanente. Nous avons visionné cette minisérie sur la plateforme officielle de streaming de HBO (Warner), HBO Max.

 

Il faut attendre près de cinq minutes avant qu’une réplique ne soit prononcée, mais le montage initial a déjà révélé l’essentiel sur les deux personnages principaux. Tom (Mark Ruffalo) se réveille au chant des oiseaux, tente de prier sans se souvenir des gestes, puis plonge son visage dans l’eau glacée comme pour s’armer face à la journée. Robbie (Tom Pelphrey) se lève, déplace doucement l’enfant endormi à ses côtés et, comme Tom, part travailler.

Tom tient un stand lors d’un salon de l’emploi, répondant aux questions sur les carrières au FBI. Robbie conduit un camion de collecte des ordures. Le soir venu, Tom s’endort en écoutant un match de baseball, une énorme tasse Phillies remplie de vodka à la main. Robbie, accompagné de son collègue Cliff (Raúl Castillo), observe une maison dont les poubelles laissent deviner un trafic de drogue. Leur journée s’achève ainsi, dans une atmosphère déjà lourde de menaces.

 

 

Matins calmes, nuits menaçantes

 

Ce ne sont là que les grandes lignes ; les détails viendront ensuite. Tom et Robbie évoluent sur des chemins opposés, mais leurs existences se reflètent étrangement. La série ne cherche jamais à établir une fausse équivalence morale — certains actes de Robbie l’excluent immédiatement. Mais dès le départ, les deux hommes apparaissent comme des individus tentant simplement de survivre dans un environnement impitoyable. C’est ce qui les définit, quoi qu’il arrive par la suite.

Le récit se déploie lentement, et c’est à son avantage. Le créateur Brad Ingelsby construit une intrigue ancrée dans l’univers de la drogue et des gangs de bikers à la périphérie de Philadelphie (déjà mise en avant cette année avec Dope Thief). Trahisons, doubles jeux et loyautés fragiles jalonnent l’histoire. Mais c’est aussi — et surtout — un récit sur les vies happées par ce monde, les passés tortueux qui les ont façonnées, et l’espoir fragile qu’un avenir plus apaisé reste possible.

 

 

Carrefours du destin

 

Tom n’a pas toujours occupé un stand d’orientation professionnelle. Il fut agent de terrain, et avant cela prêtre. L’amour de sa femme l’a poussé à quitter l’Église ; sa mort tragique l’a éloigné du service actif. Mais on le rappelle prématurément : des malfaiteurs masqués dépouillent méthodiquement les trafiquants de drogue. Derrière ces attaques se trouvent Robbie et Cliff, rejoints parfois par un troisième complice, Peaches (Owen Teague). L’enquête de Tom semble devoir inévitablement croiser la trajectoire de Robbie.

Cela prend du temps, même après que Tom a constitué une unité spéciale : la rigoureuse Aleah (Thuso Mbedu), l’impétueux Anthony (Fabien Frankel) et Lizzie (Alison Oliver), qui cache sous une apparente légèreté un instinct d’enquêtrice affûté. Parallèlement, la série dévoile le passé de Tom à travers ses conversations avec sa fille Emily (Silvia Dionicio), alors qu’ils préparent une déclaration publique liée à la mort de sa mère. La mort plane aussi sur Robbie : il vit avec sa nièce Maeve (Emilia Jones), une jeune femme brutalement confrontée à la perte de son père et à des responsabilités trop lourdes pour son âge.

 

 

Liens brisés

 

Les seconds rôles marquent également les esprits : Martha Plimpton et Isaach de Bankolé imposent leur présence, tandis que Jamie McShane est glaçant en chef de gang. Comme dans Mare of Easttown, Ingelsby donne à la géographie un rôle central. Mais alors que Mare parlait d’ancrage et d’attaches, Task montre des personnages au bord de la rupture avec tout lien. Tom se mure dans le silence, s’abîme dans l’alcool au point que sa fille doive parfois le coucher. Robbie et Maeve vivent dans une tension constante. Avant même que la vraie menace ne s’abatte, tous deux semblent sur le point de perdre ce qu’il leur reste.

Rien, au fil des sept épisodes, ne vient leur faciliter la vie. Les cambriolages de Robbie et Cliff tournent mal, Tom commence à douter de la compétence et de la loyauté de sa propre équipe, et le rythme feutré du premier épisode cède la place à une atmosphère d’urgence et de péril. Nul n’est à l’abri. Des intrigues secondaires surgissent et se résolvent de manière inattendue. En tant que polar, Task est solide et efficace. Mais comme étude humaine, il est encore plus fort — grâce aux prestations nuancées et sensibles de Ruffalo et Pelphrey. Ils refusent la facilité du cynisme ou de la brutalité et montrent que la lutte la plus ardue consiste simplement à préserver son humanité.

–Gergely Herpai « BadSector »–

 

Task

Direction - 9.2
Acteurs - 9.6
Histoire - 8.8
Visuels/Musique/Sons/Action - 9.2
Ambiance - 9.4

9.2

SUPERBE 

Résumé en trois phrases : Task s’élabore avec lenteur pour mieux installer une tension étouffante, avant de se muer en un affrontement haletant entre polar et tragédie humaine. Ruffalo et Pelphrey incarnent avec profondeur deux hommes au bord du gouffre. La minisérie de HBO rappelle que les combats les plus violents ne se jouent pas toujours dans la rue, mais souvent au plus profond de l’âme.

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BadSector is a seasoned journalist for more than twenty years. He communicates in English, Hungarian and French. He worked for several gaming magazines – including the Hungarian GameStar, where he worked 8 years as editor. (For our office address, email and phone number check out our impressum)

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