South of Midnight – Douloureusement magnifique, mais ça aurait pu être bien plus

TEST – L’un des jeux les plus beaux de l’année, mais j’aimerais pouvoir en dire autant de son gameplay. Compulsion Games a mis le paquet sur le visuel et l’ambiance sonore, mais le gameplay ne suit malheureusement pas le même niveau.

 

Pour moi, South of Midnight sera sans doute la plus belle déception de l’année. Je n’en attendais pas un nouveau The Last of Us, mais au moins une expérience aussi créative et décalée que Psychonauts 2. Malgré sa direction artistique époustouflante, le jeu ne propose pas le gameplay réfléchi et abouti que l’on était en droit d’attendre avec un tel budget. South of Midnight est une œuvre visuelle remarquable. L’un des jeux les plus artistiques et singuliers de ces dernières années. Dommage que le gameplay soit à ce point en retrait.

Le problème réside dans la structure et l’exécution. South of Midnight donne l’impression d’avoir été téléporté depuis l’ère PS3/Xbox 360 – ce qui n’est pas forcément un défaut en soi. La simplicité peut être une force si elle est bien exploitée. Mais ici, le level design apparaît comme le maillon faible : l’exploration comme les mécaniques de jeu manquent d’intérêt. Et ça rend les défauts d’autant plus visibles. Le monde à parcourir est très restreint, les phases de plateforme sont basiques, et les combats se déroulent dans des arènes répétitives, sans véritable impact.

 

A South of Midnight az Xbox Games Showcase során látott napvilágot, és bár játékmenetet nem mutattak, a művészeti stílusa feltűnően ismerős...

 

Une mythologie fascinante… ou presque

 

Ce qui fonctionne en revanche, c’est la construction de l’univers et l’inspiration tirée du folklore du sud-est des États-Unis. South of Midnight prend clairement le contrepied des clichés de la fantasy, en bâtissant un monde doté de ses propres règles, de son identité et de sa saveur unique. On y rencontre des créatures étranges et magiques qui dévoilent peu à peu leur mythologie – avec comme point commun une même source : la douleur. Chaque légende naît d’une tragédie, ce qui reflète bien l’importance accordée à la famille, à la terre et aux traditions dans cet univers.

Le jeu exploite abondamment cet aspect. Peut-être même un peu trop, car à force de mettre l’accent sur le contexte mythologique, il en oublie parfois le récit principal et ses personnages. Hazel, l’héroïne, se retrouve souvent spectatrice d’histoires qui ne sont pas directement liées à sa propre quête. Difficile, dans ces conditions, de s’investir émotionnellement.

Le périple d’Hazel Flood commence au cœur d’un ouragan – à la fois au sens propre et au sens figuré – sur fond de tensions avec sa mère. Pendant son absence, la maison familiale s’effondre et est emportée par la rivière. Elle part alors à sa recherche et découvre qu’elle est une tisseuse, une sorte de sorcière ; que les créatures de contes de fées existent ; et qu’une malédiction inquiétante s’étend sur la région.

Comme je l’ai dit plus tôt, le pitch de départ est solide – un bon mélange de drame et de mythologie –, mais la trame principale ne parvient pas à en tirer tout le potentiel. La première moitié consacre trop de temps à des récits secondaires qui auraient eu plus de sens en tant que quêtes annexes. Ici, elles ne font que détourner l’attention du conflit central entre Hazel et sa famille. Dans le dernier tiers, on aperçoit des fils narratifs prometteurs, mais ils sont expédiés à la hâte ou tout simplement laissés en suspens.

 

Regretful Decision Making — South of Midnight

 

Une direction artistique bluffante, un gameplay à la traîne

 

Les niveaux auraient gagné en impact si certaines tâches avaient été traitées comme des quêtes facultatives plutôt qu’imposées. Mais South of Midnight opte pour une progression linéaire et directe. Ce n’est pas forcément un défaut – j’aime aussi les jeux qui vont droit au but. Mais ici, cette approche est d’un ennui mortel. Il y a peu à découvrir, personne avec qui interagir, et un monde qui semble crier « explore-moi » sans qu’on puisse réellement le faire. Les niveaux se résument à de la plateforme et du combat. Ce qui ne serait pas un problème si ces phases étaient amusantes – mais la plupart du temps, elles ne font que remplir l’espace. Même la combo double-saut–dash–course murale, censée dynamiser le gameplay, devient vite mécanique. Le jeu n’offre aucun vrai challenge, ni de combinaison intéressante. Parfois, une phase de poursuite vient casser la routine, mais les contrôles deviennent alors mous, et les animations réagissent mal.

Et les combats ? Pas mieux. Ils se déroulent dans des arènes qui cassent le rythme – un défaut que seuls les meilleurs hack’n’slash parviennent à compenser. South of Midnight opte pour un style simple et déjà vu, qui lasse très vite. Certes, quelques compétences et améliorations sont à débloquer, mais ça reste cosmétique. Côté ennemis ? Une poignée de mobs génériques qui reviennent sans cesse, sans aucun pattern marquant, dans les mêmes décors. Difficile de faire plus monotone. La tactique est absente, le bourrinage omniprésent. On spamme les touches, on attend le rechargement des capacités, on se soigne… et c’est tout. Il y a bien quelques boss, plus impressionnants visuellement et un peu plus inspirés, mais ils ne bouleversent en rien les mécaniques. Ce sont plus des vitrines artistiques que de vrais affrontements mémorables.

Mais heureusement, il y a un domaine où le jeu brille de mille feux : la réalisation audiovisuelle. Là où le gameplay échoue, la direction artistique et technique excelle. South of Midnight évite volontairement le photoréalisme – et c’est tant mieux ! Le jeu propose un univers visuel stylisé, inoubliable, qui marque la rétine. L’imagination des artistes conceptuels est magnifiquement retranscrite. Peu de jeux cette année atteignent un tel niveau de créativité esthétique.

 

 

Accents du Sud et pincées de stop-motion

 

La bande-son n’est pas seulement réussie – elle est unique. Des morceaux chantés racontent l’histoire au fil du jeu, avec des guitares grinçantes, des chœurs envoûtants et cet accent du Sud qui donne une vraie personnalité à l’ensemble. C’est moite, c’est folklorique, et c’est parfaitement intégré. Chaque titre a été composé en interne par Compulsion. L’un d’eux m’a même donné l’impression d’écouter une vieille chanson que je connaissais depuis toujours.

Le doublage est impeccable – malheureusement, on ne peut pas en dire autant des sous-titres. Je ne sais pas quelle technique étrange a été utilisée, mais les lignes s’étirent trop souvent, puis se coupent brutalement, laissant un mot seul sur l’écran suivant. C’est non seulement moche, mais parfois illisible. Et si on ne peut pas se reposer à 100% sur l’audio – barrière linguistique, volume trop bas, etc. –, on rate des dialogues clés. Ce n’est pas un bug bloquant, mais c’est franchement pénible.

Quant à l’effet stop-motion à faible framerate, il fait davantage office de touche artistique que de véritable mécanique. On sent que les développeurs voulaient initialement l’utiliser plus, mais ont dû freiner des deux pieds. En jeu, il est quasiment absent – on ne le perçoit que lorsqu’on ne bouge pas le stick gauche. Ils ont sûrement compris que l’intégrer aux phases de gameplay rendrait l’expérience trop bancale. En cinématique, par contre, ça marche très bien, et quelques animations subtiles en profitent aussi. Mais au final, ça reste une curiosité plus qu’un élément fort.

 

Un monde onirique, des mécaniques trop terre-à-terre

 

En résumé, South of Midnight est un jeu agréable, qui montre parfois de belles idées, mais laisse un goût d’inachevé. Il semble trouver un meilleur rythme dans sa seconde moitié, mais trop tard pour vraiment se réinventer. Visuellement, c’est un sans-faute – et plus on progresse, plus les environnements deviennent somptueux. Entre paysages hallucinés, créatures marquantes et personnages stylisés, la direction artistique déborde de créativité. Mais aussi fort soit mon désir d’aimer ce jeu, je ne peux ignorer un gameplay qui stagne et des mécaniques qui ne brillent jamais vraiment.

– Gergely Herpai « BadSector »-

Pro :

+ Excellent système de parades et de combats multi-styles
+ Courbe de difficulté et mécanismes de récompense motivants
+ Level design spectaculaire et créatif

Contre :

– L’histoire est simple et passe-partout
– Le début ressemble trop à celui des autres jeux Souls
– La caméra est parfois perturbée lorsqu’il y a plusieurs ennemis

Éditeur : Nexon

Développeur : Nexon Games

Style : action-RPG / Soulslike

Sortie : 27 mars 2025

South of Midnight

Jouabilité - 6.2
Graphismes - 9
Histoire - 7
Musique/Audio - 8.5
Hangulat - 7.5

7.6

BON

South of Midnight séduit par sa direction artistique incroyable et son ambiance sonore unique, mais pêche avec un gameplay trop convenu et sans ambition. Son univers fascinant et sa mythologie marquent les esprits, mais des mécaniques superficielles et des bugs techniques l’empêchent d’atteindre l’excellence. Une œuvre pleine de promesses, enfermée dans un moule trop banal.

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BadSector is a seasoned journalist for more than twenty years. He communicates in English, Hungarian and French. He worked for several gaming magazines – including the Hungarian GameStar, where he worked 8 years as editor. (For our office address, email and phone number check out our impressum)