L’EU Kids Act pourrait bouleverser le jeu en ligne, Stop Killing Games tire la sonnette d’alarme

ACTUALITÉS – Le projet européen EU Kids Act vise à rendre les services en ligne plus sûrs pour les mineurs, mais Ross Scott, fondateur de Stop Killing Games, estime que sa formulation actuelle pourrait avoir des conséquences considérables sur les jeux vidéo en ligne.

 

Le texte n’est pas encore devenu une loi et sa version finale peut encore évoluer. Scott considère toutefois que sa portée et ses ambiguïtés sont suffisantes pour représenter un risque sérieux pour les développeurs, les éditeurs et les joueurs s’il est adopté sans limites plus précises.

La controverse porte notamment sur la possibilité de traiter les jeux en ligne comme les autres services interactifs accessibles aux mineurs. Selon Scott, les entreprises pourraient être contraintes de vérifier l’âge ou l’identité des utilisateurs avant de leur permettre de jouer. Une telle obligation soulèverait immédiatement des questions de confidentialité, de conservation des données et de coût technique.

Une charge financière lourde pour les studios

Stop Killing Games estime que la mise en conformité pourrait coûter entre 300 000 et 500 000 dollars dès la première année. Les grands éditeurs seraient peut-être capables d’absorber cette dépense, mais les équipes indépendantes et les petits studios pourraient devoir repenser leur jeu, supprimer ses fonctions en ligne ou renoncer au marché européen.

L’initiative avertit également que les serveurs privés pourraient être menacés. Si chaque service en ligne doit garantir la vérification de l’âge, la modération et des outils de protection de l’enfance, les serveurs hébergés par la communauté risquent de devenir impossibles à exploiter légalement. Les conséquences concerneraient les nouveautés, mais aussi la préservation à long terme d’anciens jeux multijoueurs.

« Cela pourrait devenir la plus grande menace que l’industrie du jeu vidéo ait jamais connue », a déclaré Scott en présentant les conséquences possibles. Il ne conteste pas l’objectif de protection des enfants, mais redoute des règles trop générales pour s’appliquer intelligemment à l’immense diversité des jeux en ligne.

Ce que la proposition pourrait imposer

Parmi les idées étudiées figure un système de comptes restreints pour les utilisateurs de 13 à 15 ans. Les parents ou tuteurs pourraient fixer des limites, avec éventuellement un maximum d’une heure de jeu par jour. D’autres mesures pourraient restreindre les contacts avec des inconnus, bloquer les redirections externes et renforcer les paramètres de confidentialité par défaut.

Le principal problème reste l’étendue du texte. Celui-ci pourrait concerner les titres en ligne sur PC, mobile et consoles, qu’ils soient gratuits, vendus au prix fort ou basés sur un modèle hybride. Seuls les jeux distribués exclusivement en version physique et dépourvus de toute fonction en ligne semblent clairement exclus.

Scott souligne que l’incertitude est d’autant plus préoccupante que les juristes consultés ne sont pas arrivés à la même interprétation. Si des spécialistes du droit ne s’accordent pas sur les obligations futures, les petits studios seront poussés à se préparer au scénario le plus strict.

Protéger les mineurs sans fragiliser les jeux

Le débat a aussi été ravivé par des informations selon lesquelles l’application européenne de vérification de l’âge aurait été piratée peu après son lancement. Les critiques estiment qu’obliger davantage de joueurs à transmettre des données d’identification pourrait créer de nouveaux risques de sécurité au lieu de résoudre les problèmes existants.

Les défenseurs d’une réglementation plus forte rappellent néanmoins la nécessité de mieux lutter contre le harcèlement, les pratiques commerciales prédatrices et les contacts inappropriés. L’objectif général fait largement consensus ; le désaccord porte sur la façon de l’atteindre sans casser les jeux en ligne ni exclure les petits créateurs.

Pour l’instant, l’EU Kids Act reste une proposition. Stop Killing Games invite joueurs et développeurs à suivre attentivement le processus législatif et à réclamer des règles précises et techniquement réalistes avant tout vote définitif.

Source : 3DJuegos

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